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Ali Zenaidi, le génie de la peinture Tunisienne

Ali Zenaidi, célèbre peintre tunisien, né en 1950 à Tunis, nous a ouvert les portes de sa maison et nous a accueillis sur sa terrasse. Accompagné de son chat Amira, il a bien voulu répondre à nos questions pour nous raconter son parcours, sa vie, ainsi que ses inspirations.

Si un jour vous vous rencontriez dans la rue, comment est-ce que vous pourriez vous présenter et vous décrire ?

Je suis un homme omniprésent dans les activités culturelles. Je suis un professeur reconnaissable car j’ai enseigné pendant 13 ans entre le collège Sadiki et Alaoui et Boudhina. J’ai toujours rodé dans les dédales des quartiers de la médina, en train d’esquisser des rues de la ville ou de bavarder avec des rencontres sympathiques. Je m’absente pour vadrouiller quelque part dans le monde : en Europe, en Afrique du nord, aux Etats Unis, en Indonésie et en Europe centrale, mais je retourne toujours comme le blé dans le tamis à mon quartier natal, auquel je voue un grand amour et auquel je suis attaché depuis mon enfance. Mon quartier, Bab El Jazira, un quartier cosmopolite, multiethnique et multiculturel. J’ai connu des siciliens, des maltais, des algériens des libyens et des soufis (venant du jerid et d’oued essouf). Mon enfance m’a appris à devenir peintre. J’ai toujours observé les murs blancs, les portes, les immeubles italiens d’art nouveau et d’art déco, les oukalas, les maisons simples et les maisons riches ainsi que les produits artisanaux, accrochés et suspendus à travers tous les souks de la médina. Elle m’a appris à admirer les visages, à observer toutes les séquences possibles de la vie quotidienne et à entendre les échos du mouedhin, de l’appel à la prière.

Comment avez-vous pris ce chemin de l’art et de la peinture ?

Peut-être que j’ai hérité dans mes gènes l’amour de l’observation. Ma mère observe beaucoup et elle relate avec des détails, pourtant elle n’a pas fait l’école. Mon père aimait beaucoup la musique. Mes alleux étaient des artisans de fusils (d’où le nom de zenaidi). Les paysages architecturaux, forestiers et marins ont bercé mon imagination et mon regard. Ils m’ont appris à distinguer les nuances, les compositions, le rythme, les couleurs, les masses et les plantes.

Depuis que j’ai ouvert les yeux, je gribouillais dans les cahiers de récitations (en langue arabe et française). Je décorais les cahiers de mes amis de mes frères et sœurs et j’étais payé en bonbons, millefeuille et autres bricoles qu’on pouvait me donner. Mon père les chassait d’ailleurs de chez nous.

Est-ce que vous avez déjà douté de vos choix artistiques ?

Je ne pensais pas à ça, parce que j’avais un fort désir de m’exprimer que ce soit par le chant, l’étude de la poésie ou le dessin. J’ai fait mes premiers exploits à l’école primaire de sidi el Azouz, à côté des souks de la médina. Plus tard, au lycée, j’étais le brillant élève de feu Nouredinne Khayachi, de la deuxième année jusqu’au bac, j’attendais qu’il finisse son cours pour voir mes dessins, sachant que les cours de dessin s’arrêtaient en troisième année secondaire.

A quel âge avez-vous commencer le dessin ?

A 6 ans.

Est-ce que vous avez déjà douté d’avoir choisis cette voie-là ?

Nos études nous ont appris à découvrir le monde, l’histoire, l’art, les civilisations, la psychologie et la pensée. Je voulais certes être peintre, mais je voulais aussi être musicien, architecte, paysagiste et historien de l’art. Je vouais une grande admiration pour l’Italie et son art, ainsi que pour l’art arabo musulman, surtout pour l’architecture et la calligraphie. Quand j’ai eu mon bac, mon rêve était d’aller étudier aux beaux-arts de Rome ou alors l’architecture du paysage en Suisse. Mes deux demandes ont été refusées et j’ai été orienté vers les études de droit. J’ai ainsi étudié le droit, mais, dans mon essence, j’aime rêver, j’aime découvrir et j’aime manipuler la couleur, ce qui n’est pas le cas d’un juriste. Par la suite, après une année d’étude de droit, j’ai fait une réorientation pour aller aux beaux-arts de Tunis. Même si je n’étais pas très convaincu, car rien ne vaut le côtoiement des artistes en Europe, qui ont un suivi et une harmonie entre la théorie et la pratique. Quant à nous, nous avons appris sur le tas. Au beaux-arts, j’ai découvert de nouvelles techniques et ai perfectionné mon dessin. J’aimais beaucoup le dessin analytique aussi. J’ai commencé par la peinture figurative et ensuite le dessin abstrait à travers les livres et mon professeur feu Habib Chebil.

Quels étaient les moments forts de votre carrière ? votre plus belle expérience artistique ?

La découverte profonde de notre Tunisie. De notre riche patrimoine, des plus belles villes du monde. Les liens d’amitié avec les artistes et gens de cultures. Les expositions réussies que j’ai fait en Tunisie et à l’étranger. J’ai aussi découvert le métier de professeur. Je ne voulais pas enseigner, mais quand je l’ai fait, j’ai découvert en moi l’art de transmettre. Mais faire un troisième cycle ne m’intéressait pas, car mon but était de peindre et pratiquer. Hammamet, le collège Sadiki et Alaoui m’ont permis de découvrir la force de la transmission des connaissances, chose très importante et de tisser des amitiés avec mes élèves et futurs collègues. Ma passion est devenue la peinture, le livre et le voyage. (Trinité)

Après vous être présenté en tant qu’artiste Comment parler de vous sans parler d’art ?

Je suis philanthrope, altruiste, je ne refuse pas les amitiés, j’adore les animaux et les plantes. La lumière, la couleur et l’amour sont les sources de mon imagination et ma création. J’aime les liens sincères, la générosité et l’entraide. Mon éthique c’est : être juste et sincère.

Pour vous, qu’est-ce qu’un artiste ?

L’art, c’est primo une aventure et secundo, une recherche de la vérité, et des valeurs esthétiques et morales. Être artiste, c’est remodeler le monde et regarder la réalité autrement. C’est être sincère dans sa production et rendre les illusions possibles. Nous vivons dans un monde virtuel, où les relations humaines sont faussées, ce qui nécessite une prise de conscience et un retour à nos valeurs morales.

Peindre est un acte d’humanité, de création pour marquer son passage dans la vie. Créer, c’est résister.  

A quoi avez-vous résisté en créant ?

A la matière ! Donnez-moi de la peinture et ne me donnez ni argent, ni voitures.

 Est-ce qu’on vous a déjà critiqué ?

Evidemment. Le domaine de l’art est très public et subjectif. Chez l’être humain, il y a des manifestations de jalousies, mais il faut savoir gagner le respect et l’estime des autres, mais surtout de soi. Dans ma période figurative, on m’a traité d’être commercial ou folkloriste. Que je sois figuratif ou abstrait ou semi abstrait, ça ne regarde que moi ! Le monde est fait de différences ! Ce sont les antagonismes, les confrontations et les idées contraires et nouvelles qui proposent une autre vision de la vie, de la création et font de nous ce que nous sommes.

Comment évaluez-vous la scène artistiques tunisienne aujourd’hui ?

La Tunisie, c’est un pays qui a découvert l’art avec les artistes européens, notamment durant le protectorat. Sans oublier, pour autant, que durant la souveraineté husseinite il y avait ce qu’on appelle les peintres voyageurs, qui travaillaient les commandes pour les beys et qui vadrouillaient en Tunisie. De plus, on a appris au début à peindre comme les peintres orientalistes, plus tard, il y a eu des essais de « tunisianité ». Mais, pour des raisons politiques, les autorités ont voulu insister sur la notion d’identité. L’identitaire parfois, il est tuant. A force de vouloir la sauver, on oublie le monde. Donc il vaut mieux bien connaitre sa réalité artistique et culturelle ainsi que les avancées techniques.

De plus, la pensée philosophique était absente dans notre pays et n’avait pas de rapport avec l’art, alors que tout va ensemble : l’art, le métier manuel, la peinture, l’écriture, la poésie, l’architecture etc. Les mouvements artistiques en témoignent, regardez le Bauhaus, c’est le meilleur exemple !

En Tunisie aujourd’hui, on commence à flirter avec l’art contemporain, mais on oublie nos liens avec la méditerranée et surtout l’Afrique, notre continent parce qu’on a un certain complexe avec les pays européens. Il faut d’abord être local pour devenir mondial. Par contre, de nos jours, il y a l’apparition de très bon céramistes et sculpteurs. Je pense que pour faire évoluer l’art aujourd’hui, il faut faire évoluer les métiers de l’artisanat, les techniques du dessin, de la forme et de la matière. Mettre en valeur la coopération et le travail bilatéral, afin de pouvoir mettre en avant l’art tunisien à l’étranger. Vous savez que les galeries tunisiennes sont très minimes, et nous avons un désert culturel et artistique et il faut qu’on ait une présence et un marché artistiques plus conséquent. Je salue aussi les designers, couleur, espace, produit et bien sûr, les publicistes graphiques. Ils proposent un langage moderne, fonctionnel et répondent à un besoin.

Si vous n’étiez pas peintre, qu’est-ce que vous seriez ?

J’aurais été architecte, musicien et paysagiste pour faire régner la justice ! Pour moi, ce sont les domaines qui ont des valeurs morales afin de mettre le citoyen au cœur de l’attention.

Si vous avez envie de découvrir le monde passionnant et coloré de ce merveilleux artiste, vous pouvez le trouver dans la galerie de Ben Arous dont l’exposition se prolonge jusqu’au 9 décembre 2020.

Par Nour Rammeh

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