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Frahat Hached, leader et symbole de la résistance…

AUJOURD’HUI, jeudi 5 décembre 2019, cela fait 67 ans que Farhat Hached est mort… Retour sur le parcours de ce leader syndicaliste qui a marqué l’histoire de notre pays

Farhat Hached est l’un des principaux chefs de file du mouvement national aux côtés de figures comme Habib Bourguiba et Salah Ben Youssef. Il aurait été assassiné par le Service de documentation extérieure et de contre-espionnage (SDECE), un service de renseignements français, son assassinat étant pendant longtemps attribué à La Main rouge, une organisation armée favorable à la présence française en Tunisie.

Fils de Mohamed Hached, un marin, et de Hana Ben Romdhane, il reste huit ans à l’école primaire du village de Kellabine dirigée par un directeur français. Il obtient en 1929 le certificat d’études primaires mais la mort de son père l’oblige à interrompre ses études et à entrer dans la vie professionnelle.

En 1930, il devient employé à la Société du transport du Sahel, basée à Sousse, où il se voit offrir un poste de convoyeur. Il crée la même année au sein de son entreprise un syndicat de base, affilié à la Confédération générale du travail (CGT) française, entamant par la même occasion ses débuts dans le mouvement syndical tunisien. Il accède à des responsabilités diverses aux niveaux local et régional puis dans l’administration centrale auprès d’Albert Bouzanquet. En conséquence, il est renvoyé de son emploi en 1939.

Au cours de la Seconde Guerre mondiale, il vit des jours difficiles en raison de l’interdiction de toute activité politique et syndicale sous le régime de Vichy. Il se porte alors volontaire auprès du Croissant Rouge en vue de secourir des blessés, tâche qu’il accomplit en dehors de ses heures de travail. En 1943, il arrive à Sfax après son recrutement en qualité de fonctionnaire des travaux publics et reprend ses activités syndicales à l’Union régionale de Sfax. Il se marie la même année aux Kerkennah, le 15 octobre, avec sa cousine Emna.

Au congrès de l’Union départementale de la CGT, tenu en mars 1944, devant l’incapacité du syndicalisme métropolitain et de ses branches socialistes et communistes à apporter des réponses adaptées aux travailleurs tunisiens, il démissionne de la CGT. Hached et ses camarades leur reprochent d’« ignorer les aspirations légitimes des Tunisiens à l’indépendance nationale ». Dès novembre 1944, Hached prend l’initiative, avec d’autres syndicalistes tunisiens, de fonder un syndicat tunisien autonome. Il commence par l’Union des syndicats libres du Sud à Sfax, fixant comme priorité la justice sociale, l’égalité entre les travailleurs tunisiens et leurs homologues français et l’indépendance nationale. À Tunis, il crée, en 1945, l’Union des syndicats indépendants du Nord.

Dès le départ, Hached inscrit le mouvement syndical dans la lutte pour l’indépendance. Autonome et indépendant, il est un appui important et fidèle pour le mouvement national animé et dirigé par le Néo-Destour. Les grèves, les mouvements de protestations et les manifestations de rue se multiplient pour réclamer l’indépendance et l’amélioration des conditions de vie et de travail des Tunisiens. L’UGTT, sous la direction de Hached, joue un rôle primordial dans le déclenchement, l’encadrement des mouvements et la radicalisation des revendications populaires. Son adhésion à la Confédération internationale des syndicats libres (CISL) en 1951 mène Hached, devenu membre de son comité exécutif, de réunion en réunion (Afrique du Nord, Milan, etc.).

Au cours du quatrième congrès de l’UGTT, en mars 1951, Hached dresse son bilan après cinq ans à la tête du syndicat. Alors que près de 120 000 adhérents, de toutes catégories et de toutes les régions du pays, ont rejoint la centrale, une vraie guérilla sociale est menée de façon organisée et systématique contre les autorités du protectorat français. Selon Hached, l’UGTT constitue une force d’initiative pour structurer la société autour de composantes de la société civile dans les domaines politiques (avec les comités de garanties constitutionnelles) ou sociaux (avec les comités de la cherté de la vie). Par ailleurs, l’adhésion de l’UGTT en 1949 à la Fédération syndicale mondiale lui garantit une représentation internationale. Désormais, la création d’une union syndicale nord-africaine devient une priorité pour Hached qui encourage les syndicalistes marocains et algériens à créer des syndicats autonomes et les Libyens à mettre en place des structures syndicales. Enfin, avec son programme économique et social et les chapitres sur les libertés, l’UGTT dote le mouvement national d’un agenda national pour l’après-indépendance.

L’année 1952 voit l’échec des négociations directes entre les gouvernements français et tunisiens suivi de la répression : arrestation de Habib Bourguiba et de tous les leaders nationalistes, départ de Salah Ben Youssef en mission auprès des Nations unies, instauration du couvre-feu et de l’état d’urgence ou interdiction de toute activité politique, actions de ratissages menées par la Légion étrangère, destitution du gouvernement de M’hamed Chenik. Dans ce contexte, l’UGTT se retrouve en première ligne en assumant la responsabilité de diriger la résistance politique et armée contre les autorités du protectorat. En effet, elle reste protégée par la loi sur les libertés syndicales et le soutien de la CISL, des syndicalistes américains ainsi que des démocrates qui sont alors au pouvoir aux États-Unis. Leader du mouvement national et chef de la résistance, Hached organise secrètement les groupes d’activistes dans les locaux de l’UGTT pour mener des attaques armées contre les symboles de l’autorité française. Il mène également des actions de grèves et de mobilisations malgré l’arrestation de plus de 20 000 personnes.

Hached voyage en avril auprès de la CISL à Bruxelles et aux États-Unis (Washington et New York) pour porter la voix de la Tunisie au moment où les questions tunisiennes et marocaines sont débattues au Conseil de sécurité. Le gouvernement français se trouve alors acculé à présenter un nouveau plan de réformes. Hached suggère alors au bey de Tunis de réunir un conseil de quarante personnalités représentatives de l’opinion tunisienne afin d’étudier ce plan et de lui présenter leur avis le 2 août ; la réponse est négative avec un rejet dûment circonstancié.

Il devient alors l’homme à abattre en raison du danger qu’il représente pour les intérêts de la colonisation en Tunisie et en Afrique du Nord en général. Dès le mois d’octobre, des officines diverses au sein des services secrets français commencent à étudier divers plans : son éloignement du territoire tunisien, son emprisonnement, sa mise en résidence surveillée voire son assassinat. Pendant ce temps, il fait l’objet d’une surveillance permanente et les menaces se multiplient à travers des tracts signés de l’organisation colonialiste de La Main rouge. Des actes de sabotage et de plastiquage de sa maison et des menaces à l’encontre de sa famille se multiplient.

Le corps de Hached est transporté sur un petit navire de La Goulette aux Kerkennah pour être remis à sa famille. Sa femme alors âgée de 22 ans se retrouve veuve avec quatre enfants : Noureddine (huit ans), Naceur (cinq ans), Jamila (trois ans) et Samira (six mois). En 1955, le corps est finalement ramené à Tunis et inhumé dans un mausolée construit à la kasbah, à l’endroit même où il avait l’habitude de haranguer les foules.

En 2002, à l’occasion du cinquantenaire de son assassinat, un nouveau mausolée est construit pour recevoir sa dépouille. L’événement est commémoré chaque 5 décembre par le président de la République tunisienne, les représentants des institutions et corps constitués ainsi que par sa famille.

Noureddine Hached, fils de Farhat Hached, a fondé la Fondation Farhat Hached pour l’étude de l’héritage de son père, la mise en valeur et la promotion de son oeuvre. Elle se veut également un centre de recherche pour l’étude des prolongements actuels de l’oeuvre de Hached, ainsi qu’un espace d’actions citoyennes.

La fondation met régulièrement en ligne les documents que Noureddine Hached récupère lors de ses recherches régulière

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